L'auto-stoppeur - Didier - 1994 

-Pourrais-tu te présenter en quelques lignes ?
-Je suis un faux parisien originaire du Nord-Pas-de-Calais, attiré par la grande ville pour la vie gay et les opportunités, comme par exemple travailler comme modèle.

-Ton parcours ?
-Études scientifiques. Ca mène à tout ! ;o)

-Quand tu étais petit, que voulais-tu devenir ?
-Quand j'était tout petit, je voulais devenir "firmier". Mes parents ont d'abord cru que je voulais devenir fermier pour traire les vaches, puis ils ont compris que je voulais devenir infirmier pour faire des piqûres. Plus tard, j'ai révé d'être architecte, comédien, dessinateur, chanteur, informaticien...

-Par quel job as-tu commencé : gogo dancer, modèle, stripteaser ?
-J'ai travaillé comme modèle la première fois pour RV Lebeaupin. J'avais répondu à une annonce dans Gai Pied.

-Qu’est-ce qui t’intéresse dans les différents jobs que tu fais ?
-Je m'amuse et je gagne des sous. Que demander de plus ?

-As-tu tout de suite pris conscience que tu plaisais aux hommes ?
-Je fais tout pour plaire aux hommes et pourquoi pas aux femmes...

-T’es tu vite rendu compte que tu regardais plus les mecs que les femmes ?
-Au collège, j'étais secrètement amoureux du premier de la classe en gym.

-A quel âge as-tu eu ta première relation sexuelle ? En gardes tu un bon souvenir ?
-Assez tard finalement. Je devais avoir 19 ans. Je ne sais plus laquelle de mes premières expériences était la première. Une aventure d'un soir à l'internat ou une rencontre via les petites annonces ? En tout cas, ce n'est pas un mauvais souvenir.
Le petit Jardinier - Didier - 1993

-Entretiens-tu ton corps ?
-Oui, bien sûr. Je fais de la muscu, de la danse, du roller.

-Quel est ton parfum préféré ?
-Le Mâle de Gauthier, pour son coté vanillé et son flacon...

-Que regardes-tu en premier chez un homme ?
-La silhouette.

-Es-tu sentimental ?
-Un sentimental un peu introverti, mais sentimental quand même.

-As-tu déjà rencontré le vrai amour ?
-Je l'ai rencontré. On se connait depuis six ans.

-As-tu des angoisses ?
-Je ne suis pas d'un naturel angoissé.

-Le SIDA, qu’est ce que c’est pour toi ?
-Un défi à la vie. Une souffrance, comme l'on été toutes les maladies avant qu'on en trouve le remède. A la différence peut-être, que le sida joue un rôle social dans la visibilité des gays.

-Quelle musique écoutes-tu ?
-Là, désolé, je ne vais pas te faire plaisir : tout sauf Mylène Farmer (je plaisante).

-Ta couleur préférée ?
-Je n'ai pas vraiment de couleur préférée, mais j'aime les couleurs trés saturées.

-Comment définirais-tu ta « profession » ?
-Pour moi ce n'est pas vraiment une profession car je n'ai jamais gagné ma vie en travaillant comme modèle. C'est plutôt une passion.

-Raconte-moi une de tes journées type ?
-Il n'y a pas de journée type. Les journées où je travaille comme modèle ne sont pas si nombreuses. Pas de quoi installer une routine.

-As-tu une fois regretté de faire ces métiers ?
-Non. Pourquoi ? S'il y a quelque chose que je peux regretter, c'est peut être de ne pas avoir su ou osé aller plus loin dans ce sens et en faire un vrai métier comme le fait Johan Soudanne... Quoique...

-De quelle photo es-tu le plus fier ?
-Le Saint Sébastien  de RV Lebeaupin. Officiellement, RV Lebeaupin ne donnait pas de titre à ses photos. Mais entre nous, on avait l'habitude de l'appeler comme ça. C'est pourquoi j'ai mentionné ce titre sur mon site, ça permet de se repérer plus facilement. J'aimai beaucoup travailler avec RV, le suivre dans sa recherche. Il demandait plus qu'une simple pose plastique. Il recherchait des expressions. C'était presque un travaille de comédien. Pour faire cette photo, il m'a dit: "Tu viens de te faire avoir par un gang de petits mecs. Ils t'ont attaché. Ils ont abusé de toi. Tu les regardes partir en pensant que tu te vengeras, que la prochaine fois, c'est toi qui les aura."

-Avec quels photographes te sens-tu le plus à l’aise lors de shooting ?
-En général je suis plutôt assez à l'aise après un court moment. C'est quelquefois le photographe qui est plus ou moins à l'aise.
Didier - couv' Outrage

-Si on te donnait carte libre, comment te photographierais-tu ?
-Je serai une statuette dans une cathédrale. Sur un socle, contre un pilier. La lumière colorée des vitraux dessinerait un coeur sur ma poitrine. La fumée d'un encensoir voilerai mon sexe, par exemple... J'adore les mises en scène.

-As-tu une fois regretté des photos ?
-J'ai sûrement fait des tas de photos qui n'ont aucun intérêt. Mais je ne te les montrerai pas. C'est tout ;o)

-Si tu pouvais revenir en arrière, changerais-tu quelque chose à ton parcours ?
-Peut être. Mais uniquement par curiosité, pour savoir qu'est-ce qui se serait passé si j'avais fait ça plutôt que ça.

-Es-tu déjà tombé sur un plan glauque dans ton métier ?
-Bien sûr. Entre les agences de figuration douteuses et les photographes sans appareil photo. Il faut savoir que pour travailler il ne faut ni payer ni coucher. Avec un peu d'expérience, on apprend à éviter de perdre du temps dans des plans foireux.

-Tu te définis toi-même comme un « homme-objet ». Mais n’as tu pas envie d’être "autre chose" ?
-Je suis autre chose. Mais j'aime me définir comme un "homme objet". Ca fait parti du jeu. Il y a quelques mois, il y avait une polémique à Paris autour d'un grand magasin qui avait exposé de la lingerie en vitrine sur des mannequins vivants. Pour certains, il fallait interdire ce genre d'exhibition par respect pour le corps de la femme, pour ne pas en faire une "femme objet". Moi j'aimerais bien qu'on fasse la même chose avec des hommes (ça ne souleverait d'ailleurs peut-être pas autant de polémiques) !

-Te soucies-tu de l’impact qu’ont tes photos ?
-Disons que je suis conscient de certains changements physiques ;o) !

-Aimes-tu être regardé ? Le fait de savoir que ton anatomie est scrutée de bas en haut te procure-t-il un certain plaisir ?
-Sûrement. Pour faire ce que je fais, il faut être un peu exhib quand même.

-Est-ce facile pour toi de te dénuder pour une séance ?
-Aucun problème.

-T’es-tu déjà senti oppressé lors d’un shooting ou dans la rue ?
-Je ne suis pas une star. Je ne subis pas la pression de milliers de fan. Je n'ai pas besoin de gardes du corps pour sortir dans la rue. Seuls mes amis les plus proches me reconnaissent quand une photo est publiée.

-Avec quels photographes aimerais-tu travailler ?
-J'ai eu la chance de rencontrer récemment Patrick SARFATI avec qui je rêvais de travailler depuis toujours. Sinon parmi les photographes français avec lesquels je n'ai pas encore travaillé, il y a Hervé Bodilis. Parmi les photographes qui sont pour moi innaccessibles, j'aime entre autres Kevin Scott Hees, Aaron Cobbett et bien sûr ton chéri David LaChapelle.

-As-tu déjà pensé à la reconversion ?
-La question ne se pose pas tellement en terme de nécessité, mais j'aimerais bien devenir comédien.

-Comment as-tu rencontré Pierre et Gilles ?
-Un photographe ( Yves Paradis ) m'a donné leur adresse. Je leur ai envoyé une carte postale d'RV Lebeaupin.

-Ils ont réalisé trois photos de toi, laquelle préfères-tu ?
-Le Petit Jardinier est la plus connue des trois, mais j'ai beaucoup aimé poser avec Stéphanie pour La Petite Sirène.

-Aimes-tu leur travail ?
-J'adore.

La petite sirène - Stéphanie et Didier - 1997

-Peux-tu me décrire le déroulement d’une journée avec Pierre et Gilles ?
-Pour la photo de La Petite Sirène, j'avais rendez-vous à 14h. Dans le bus qui me mène au Pré Saint Gervais, je vois monter une jolie petite demoiselle avec de long cheveux blonds. En descendant du bus, je remarque que nous prenons la même direction. Nous arrivons ensemble devant la même porte. Evidemment, c'était Stéphanie. Je m'en étais un peu douté.

    Pierre nous ouvre la porte (c'est toujours Pierre qui ouvre la porte et qui décroche le téléphone). Gilles remonte du sous-sol où il complète le décor. Thomas est déjà là avec son petit chien. Gérald, le coiffeur, et Alan, le maquilleur, arrivent. Nous sommes au complet. Pour Stéphanie commence un longue scéance de coiffage et de maquillage. Pierre continue de s'affairer aux derniers préparatifs avec Bibic ( la perruche que vous retrouvez sur certaines photos de Pierre & Gilles ) sur l'épaule. Je passe dans la salle de bain avec Thomas. Il me fait essayer le pantalon de marin, découpe les manches du maillot, demande l'avis tantôt de Pierre, tantôt de Gilles, et me fait essayer le chapeau. Il doit maintenant s'occuper des finitions de la combinaison de la sirène. Pendant ce temps, je joue avec son petit chien. Pierre se demande si on ne devrait pas me mettre un tatouage sur l'avant-bras. On fait un essai. On regarde avec Gilles. Finalement, non.

    C'est à mon tour de passer au maquillage. Pour moi, ce sera plus simple que pour Stéphanie. Il s'agit seulement de me donner bonne mine. Thomas fait des essayages de bijoux sur Stéphanie, lui colle des petites étoiles de mer sur les seins. Le coiffeur en arrive à la touche finale. Il passe en revue une à une toutes les boucles de Stéphanie et leur applique un stick qui dépose des paillettes dorées. Il doit être 17h quand nous descendons au sous-sol ou nous découvrons le décor. Pour un effet de perspective, le rocher sur lequel nous devons nous asseoir se trouve sur pan trés incliné. Je ne peux accéder au rocher que par l'arrière car devant il y a les poissons. Je m'y installe. Ils réglent la lumière. Pierre prend quelques polaroïds de test. Stéphanie, les jambes coincées dans cette gaine de sirène, ne peut absolument pas se hisser sur le décor par ses propres moyens. Il faut la porter à bout de bras sans marcher sur le décors pour ne pas écraser les poissons. Je suis sur le rocher pour la réceptionner. Heureusement, elle est trés légère. Gilles remet en place quelques poissons, ajuste quelques étoiles de mer, rajoute quelques paillettes en expliquant:"Des paillettes, plus il y en a, plus c'est beau". La séance photo peut commencer. Il reste à trouver la pose. On essaie plusieurs choses mais le rocher n'est pas trés large et je perds l'équilibre. Finalement, au bout de plusieurs dizaines de clichés, on trouve LA pose. Pierre et Gilles sont unanimes. Elle est parfaite. Gérald remet un peu en place les cheveux de Stéphanie, Alan nous repoudre. On va jusqu'au bout du rouleau. C'était la dernière photo. Pierre, Gilles, et Thomas applaudissent. C'est leur façon de remercier les modèles à la fin d'une scéance.

-As-tu des anecdotes particulières sur vos collaborations ?
-L'histoire du Petit Jardinier est assez particulière. Normalement, il était prévu que je sois en érection sur la photo. Mais le temps de prendre la pose, de poser le poing un peu plus haut ou un peu plus bas sur la hanche, en écartant un peu plus ou un peu moins le coude droit ou le coude gauche, de replacer la fleur qui me glissait sur le coin de la bouche, de sourire un peu plus ou un peu moins et d'ajuster le regard, je débandais tout le temps et il fallait recommencer. Idéalement, il aurait fallu que mon sexe soit en érection en faisant un angle bien particulier avec mon ventre. J'ai essayé encore et encore tant et si bien que j'ai fini ... par jouir. C'est de cet echec qu'est née l'idée du Petit Jardinier qui fait pipi.
Dessin préparatoire et original du Petit Jardinier...

-Que penses-tu de leur duo ?
-C'est un beau modèle de couple gay et de réussite. Ils se complètent très bien.

-Une prochaine collaboration est-elle à prévoir prochainement ?
-J'aimerai bien. En général, je le sais environ une semaine à l'avance. Je peux seulement te dire : "rien de prévu pour la semaine prochaine".

Un très, très grand merci à Didier !

Site officiel: Didier's Portofolio !