Jolis Voyous - Laurent - 1996

Tu as quel âge ?
25 ans. Je suis né à Montreuil.

Ton adolescence ?
C’était dans la banlieue, les cités. C’est un peu mal parti, avec la racaille, je traînais. Mais j’ai toujours su que j’étais homosexuel et ça a fini par poser des problèmes avec mes amis. Mon père est mort d’une overdose d’héroïne quand j’avais cinq ans. J’ai été élevé par ma mère qui a été très courageuse.

Quand es-tu venu à Paris ?
J’ai continué mes études, j’ai fait un peu d’histoire de l’art. En même temps j’ai rencontré Johan vers 17 ans mais j’ai toujours été un peu à l’écart de la bande. J’étais moins extraverti. Après la première période où on sortait beaucoup au Boy, je n’ai plus trouvé l’excitation du début. Il n’y a plus de glamour à Paris.

Comment as-tu rencontré Pierre & Gilles ?
Par hasard. Leur assistant m’a abordé dans la rue. Ils cherchaient un modèle pour l'affiche du Mardi Gras de Sydney en 1995. Je connaissais leur travail mais j’étais surpris qu’on me demande de poser. J’avais quand même fait un portrait avec RV Lebeaupin mais il n’est jamais sorti parce que RV est mort.
La traîté du hasard - Laurent - 1998

Comment ça s'est passé avec Pierre & Gilles ?
Au départ, j'étais intimidé, et ils étaient tellement réservés que j'étais persuadé qu'ils ne me prendraient pas. Et puis trois jours après, ils m'ont appelé. J'ai fini par faire plusieurs photos. Dans l'une d'elles, je suis habillé en arabe parce que mon père est kabyle. J'ai fait un nu académique aussi.

C’était important, ces photos ?
Ça m’a aidé parce que je n’avais pas confiance en moi. J’étais complexé, pas bien dans ma peau. Au départ, j’avais un physique un peu ingrat. J’étais jeune mais je ne plaisais pas. Par exemple, je détestais mon nez. Maintenant je l’assume complètement. Mais j’étais aussi maigre, j’avais les cheveux trop longs, j’avais des boutons quand j’étais adolescent, etc.

Alors tu as commencé à faire de la gym?
Oui, il y a tris ans à peu près. J'y vais quatre fois par semaine à raison d'une heure à chaque fois. C'est important, cela fait partie de mon hygiène de vie.

Comment en es-tu venu à faire le film de Patrick Mimouni ?
C’est Élian qui m’a présenté Patrick. Au départ, je croyais que je ne serais qu’un figurant. J’ai fini par faire un essai. On était trois pour le rôle. Finalement Patrick m’a téléphoné pour me dire que je jouais dans le film. On a commencé le tournage deux mois après.

Tu as pris des cours ?
Pas du tout, non. Je ne réalisais pas vraiment. J’y pensais mais sans plus. Une semaine avant le début du tournage, j’ai commencé à avoir peur. À un moment, j’ai failli laisser tomber. Pendant deux ans, je suis sorti avec Rupert Everett. Je le voyais sur ses tournages et au théâtre, ça me donnait envie. Je me disais que j’aimerais bien faire ça un jour.

Tu lui a demandé des conseils ?
Rupert était content que je fasse le film, il me disait que ça se passerait bien. Il n’avait pas de conseil particulier à me donner, si ce n’est qu’il fallait que je me laisse aller. Par contre, je connais aussi Pascal Grégory qui lui me disait qu'il fallait que je me mette dans la peau du personnage. En fait, j'ai plutôt écouté Rupert. J'ai essayé de ne pas trop anticiper sur ce que j'allais faire. En plus, Patrick filme sans moniteur et je n'avais pas de contrôle de l'image. Je crois que j'aurais été meilleur si j'avais pu me voir.

Tu étais angoissé sur le tournage ?
Un peu. Heureusement il y avait Elian et toute cette petite bande avec qui je m'entendais bien. Et puis tous les soirs, on allait dîner ensemble. On ne faisait pas qu'une simple journée de boulot et ensuite on rentrait chez nous. On se voyait tout le temps.
Les fonds marins - Laurent - 1997

Quel effet cela te fait-il de jouer un rôle de gigolo séropositif ?
Je me suis dit que cela allait encourager les rumeurs qui circulent déjà sur moi. Comme les gens ne savent pas trop ce que je fais, que je disparais souvent, c'est facile de raconter des histoires.

Et séropo ?
Non, ça ne me gênait pas, au contraire. Comme tout le monde, j'ai des amis qui y sont passés, je suis allé les voir à l'hôpital.

Tu es séropo ?
Non. Enfin, je n'ai pas fait mon test depuis quelques temps mais je ne crois pas l'être.

Les dialogues du film sont assez durs parfois.
Ca ne m'a pas embêté. En fait, ça m'aidait parce que ça donnait une énergie au jeu.

Ce travail d'acteur t'a-t-il donné envie de faire d'autres films ?
Oui, j'ai une très belle proposition dont je ne peux pas parler. Et puis on va faire la suite du film de Patrick Mimouni. Il travaille déjà à l'écriture. Mais pour le métier d'acteur, je ne sais pas, j'attends de voir la réaction au film. J'aimerais me perfectionner. J'ai envie de réussir, enfin, de faire quelque chose. Bien sûr, j'aime Téchiné, Rivette, toute la bande.

Il y a des choses qui te font peur dans la vie ?
La déchéance...

Est-ce que tu réfléchis au fait que tu es particulièrement beau ?
Non ( rires ).

Ca ne te pose pas de problèmes ?
Si, il y a pas mal de jalousie. À Paris, il y a des gens qui ne m'aiment pas à cause de ça.

C'est pour cela que tu vis à Bruxelles ?
Oui, j'avais envie de partir de Paris. Il y a des gens qui racontent des choses sur moi que je ne supportais pas. Je suffoque un peu quand je viens ici. Là-bas, j'ai une vie très calme. C'est pas très beau Bruxelles, mais je bouge beaucoup. Je reviens de vacances à Bora Bora, cette semaine je vais à Londres, la semaine prochaine c'est l'Espagne. Le problème avec Paris, c'est que j'ai quand même des amis que je vois moins parce que je n'y vis plus.

Ta couleur préférée ?
Le gris. Et puis tous les bleus.

Tu es sentimental ?
Oui, très passionné.

Tu as un héros ?
Pas vraiment un héros mais j'admire beaucoup Andy Warhol.
Le Jardin des songes - Laurent - 1998

Tu as vu les bustes romains au Louvre ?
Oui, pourquoi ?

Tu ne trouve pas que ton visage leur ressemble ?
Si. Enfin, moi je m'en rendais pas compte mais c'est ce qui a inspiré Pierre & Gilles pour faire un portrait de moi en penseur.

Est-ce que j'ai oublié quelque chose ?
Je sais pas. Je me connais assez mal moi-même. J'ai toujours des choses à apprendre.