

Tout le monde a déjà entendu un des nombreux tubes de notre chère Lio. "Banana
Split", "Mona Lisa", "Les Brunes comptent pas pour des Prunes",
autant de tubes qui ont cartonné durant les années 80' surtout cette dernière chanson
qui se vendit à plus d'un millions d'exemplaires !!! Après plusieurs albums aux textes
d'une légèreté toute réfléchie, elle revint avec "Wandatta", un album moins
gai que d'habitude avec une magnifique couverture mêlant peinture et photo.
Malheureusement, le public ne suit pas... Un album est enregistré plus tard, sur une
rythmique plus latino, mais les maisons de disque ne veulent plus miser sur elle...
Aujourd'hui, elle est reparti pour regagner le cur de son public grâce à la sorti
d'un album "best of" regroupant 16 de ses meilleurs titre avec deux inédits :
"Je ne sais pas dire oui" et "Roule"...
Mère déjà d'une petite Esmeralda ( 3 ans ), d'Igor ( 5 ans ) et de Nubia ( 11 ans ),
Lio vient d'accoucher de deux jumelles à la mi-mai. Ses projets d'avenir ? Un nouvel
album en hommage à Jacques Prévert. "Toute nue" et "C'était
l'été" ont déjà été enregistrée...
C'est une véritable histoire
d'amour qui lie Lio à Pierre & Gilles. De la Souberette qui sort de son panier pour
la couverture du "Pest of", à la couverture du 45 trs des "Brunes comptent
pas pour des Prunes" ou de son duo avec Jacky en 1985 pour "Tétéou", en
passant par une nouvelle réincarnation de la Madonne, ces deux photographes de génie
l'ont rendue plus belle que jamais à travers leurs clichés !
PASSER
DE PETITE PESTE A GRANDE PESTE
-
Si vous avez intitulé votre compilation " Pest of ", c'est que vous vous
trouvez plutôt peste ?
-J'aimerais bien être une peste dans le sens d'une épidémie qu'on n'arrête pas.
Lorsque j'ai commencé la musique, j'avait 14 ans et, déjà, je ne me laissais pas faire.
Je refusais complètement le postulat selon lequel les grands savent et décident pour des
petits qui ne savent et ne peuvent rien . C'est l'état dans lequel on nous place dès
l'école afin de nous préparer à accepter une autorité unique. Parmi les règles
fondamentales de l'école, il devrait y en avoir une qui dirait que les enfants ont le
droit de remettre en question leur maître. Adolescente, j'ai été placée dans l'état
de peste par la force des choses et, aujourd'hui, je prends cela comme un compliment. Dans
la tête des hommes, une femme qui a du caractère a forcément mauvais caractère. c'est
d'une injustice flagrante, mais c'est comme ça parce que le pouvoir se satisfait de
lui-même et est rarement bien fondé. Je place les femmes dans la catégorie des
opprimés de ce monde.
-
Vous parlez comme John Lennon, qui disait " La femme est le nègre du monde ".
- Oui et, selon moi, la seule vraie avancée que la femme a eue est le droit à
l'interruption volontaire de grossesse, un droit menacé, aujourd'hui, par les commandos
extrémistes de droite. On ne pardonne pas à la femme d'avoir une prise de pouvoir sur
son propre corps. A part ça, rien n'a bougé. Les femmes sont toujours obligées de
singer les hommes pour avoir un minimum de crédibilité. Je crois qu'il faut encore
beaucoup se battre pour que nos filles aient une autre place dans la société. La
véritable égalité passe par l'acceptation des différences.
LES RADIS
ROUGES
-Pensez-vous
que les années nonante aient une certaine ressemblance avec les années septante ?
- Pas du tout. Les années nonante sont des années de consensus mou. Tout le monde tombe
d'accord sur des conneries. Ce sont aussi les années de la charité molle, celle qui
donne bonne conscience en achetant un disque. L'art noble de la politique n'existe plus.
Les hommes politiques sont devenus des guignols et, si l'on rejette leur caste, c'est
parce qu'elle a failli à sa mission. Les gens n'ont plus de conscience politique et, là
où il n'y a pas de conscience politique, il n'y a pas d'idéal non plus. En 1981,
j'étais heureuse de la victoire de Mitterrand. J'ai vraiment cru que le socialisme allait
changer les choses. Mais, comme le disait le grand-père de mon mari: " Les
socialistes, c'est comme les radis Rouges à l'extérieur, blancs à l'intérieur et un
peu fadasses. "
-Acheter
un disque au profit d'une action humanitaire n'est-ce pas déjà faire quelque chose ?
-Je vais donner un exemple. Vous vous souvenez des camps de concentration? Et bien,
c'est comme dire: " On laisse Hitler au pouvoir mais on vaenvoyer un peu de linge, du
savon et des draps pour que les gens des camps dorment dans des draps propres. " Ce
n'est pas un disque qui va nous déculpabiliser quand la culpabilité est occidentale et
globale. Nous votons et nous mettons en place des gens qui ont une politique précise
vis-à-vis du tiers monde. Et cette politique est dictée par le profit.
-
Ce message, pourriez-vous le faire passer dans vos chansons ?
- Non, je le fais passer en tant que citoyenne. C'est aux politiciens à dire cela
et c'est pour quoi, je pense qu'il faut des politiciens " érotiques ". C'est
une expression de Jim Morrison qui disait aussi : " Mère, je veux le monde et je le
veux maintenant. " Moi, je me bats pour une liberté de pensée. Je me dis que si je
perds ma capacité de révolte, je perds toute mon humanité.
ICI ET
MAINTENANT
-
Où trouver le bonheur ?
- Le bonheur est fait de moments fugitifs. Dans le pire des cas, il y a toujours
quelque chose qui vous ramène au bonheur. Je pense que c'est un problème de
positionnement, d'éthique de vie. Savoir pourquoi on est sur terre, ce n'est pas une
question de réincarnation. C'est une question d'ici et de maintenant. Je crois que
l'homme s'embellit quand il a des positions courageuses, la foi dans ce qu'il entreprend
et une fraternité. Je suis une humaniste forcenée et je sais que si l'on craint l'homme
libre, c'est parce qu'il est incontrôlable.
Jo. Lehrer

Photo réalisée pour la pochette du disque
de Lio en duo avec Jacky pour "Tétéou".
-Vous
sortez une disque qui parcours vingt ans de carrière. Vingt ans déjà, cela vous fait
quel effet ?
-Aucun. Cela a été très intense, plein de choses se sont passées dans ma vie.
Je n'éprouve pas de vertige. Ayant commencé très jeune, il n'y a pas de bilan. Je suis
encore dans la trentaine. C'est peut-être pour cette raison que cela me semble très
naturel. Il n'y a pas mort d'homme: c'est simplement vingt ans de chansons qui se sont
écoulées.
-Vingt
ans de chansons, vingt ans de bonheur ?
-Oui, mais il n'y a pas que ça, parce que cela ne peut pas exister. Mais chaque
chanson est un bonheur, bien-sûr.
-Vous
avez fait des débuts sulfureux dès 14 ans. C'était une bonne entrée en matière. Le
ton était donné ?
-Le personnage de Lio dans "Barbarella" était le prototype de
l'adolescente, et c'était ce que j'étais avec son absolutisme, sa révolte, son
hyperémotivité. Lio était un alter-ego, mais il pouvait l'être pour plein
d'adolescents.
-Révolte
absolutisme... des traits de caractère que vous avez gardés ?
-Oui. On dit souvent qu'en mûrissant, les gens mettent de l'eau dans leur vin ou
acquièrent une certaine sagesse. or, Lio n'est pas un personnage du tout. c'est quelqu'un
qui va jusqu'au bout de ses sensations, jusqu'au bout de ses sentiments, qui pleure
beaucoup quand elle a envie de pleurer, qui rit beaucoup quand elle a envie de rire. Je ne
fais pas dans la demi-mesure.
-A
l'époque, on vous décrivait comme provocante et sexy. Reconnaissez-vous que vous étiez
pécoce ?
-On ne le disait pas assez, alors que je faisais tout pour l'être. J'ai toujours
aimé les pin-up, cela ne m'aurait pas gêné du tout, mais on en le disait pas vraiment.
On ne m'a jamais véritablement considérée comme un sex-symbol, plutôt comme quelqu'un
de drôle, de nature, qui a un sale caractère.
-Pourtant
vous n'avez jamais été contre les tenues sexy ?
-Effectivement non, mais ce n'est malheureusement pas l'image que les gens ont
gardé de moi.
-On
entend dire qu'on ne met pas assez en garde les ados contre le SIDA. Pourtant on en parle
souvent et le problème est simple, non ?
-En tout cas, on ne prévient pas bien, pas avec les bons mots. Et puis, il faut
savoir que les jeunes n'ont pas envie d'entendre le discours du SIDA. Il faut les
comprendre. Quand vous êtes à l'orée de votre vie, vous ne voulez pas écouter cette
coercition. Logique. Le terrain est miné et le dialogue, pas évident. Il est certain que
les gamins ne désirent pas entendre parler du Sida lors de leur première expérience
sexuelle. C'est pourquoi l'information a beaucoup de mal à passer auprès d'eux.
-A
14 ans déjà, vous n'aviez peur de rien ?
-Je n'ai jamais eu peur de grand-chose, ce qui ne veut pas dire que je n'éprouve
pas de douleurs. Mais je ne suis pas quelqu'un de peureux.
-Cette
envie de provoquer, était-ce juste une façade ou avez-vous été précoce en amour ?
-Je n'avais pas l'impression de provoquer, j'étais provocante parce que je ne
pensais pas comme tout le monde. Le naturel est toujours le plus fort. Je n'avais pas
envie qu'on m'emmerde, je ne disais pas oui pour faire plaisir aux gens. Le faire me
semble aberrant.
-Vous
dites que vous avez de quoi enregistrer un nouvel album, mais qu'on refuse vous nouvelles
chansons. Est-ce parce que vous voulez rompre avec le style qui a fait votre succès ?
-Non, puisque cet album à venir est bien dans le style qu'on peut attendre de Lio.
En réalité, c'est une question de caractère, qui ne colle pas avec les maisons de
disques. Elles ont d'ailleurs refusé ces chansons sans même les avoir écoutées !
-Comment
avez-vous réagi ?
-Cela m'a fait rire. Ce n'est pas le genre d'histoire qui me fait réagir ou me
révolter. Je fais ce métier suffisamment léger pour, justement, pouvoir rester
légère. Quand on en arrive à des aberrations comme celle-là, c'est drôle.
-Vous
ne trouvez pas ce métier un peu bizarre ?
-Oui, mais il n'y a pas que ce métier qui le soit: notre fin de millénaire est
complètement étrange. Les gens ont peur des rebonds, très peur d'assumer leurs
responsabilités. On peut comprendre d'où cela vient, car jamais personne n'est sûr de
sa place. C'est inhérent à toutes les professions. Les gens n'ont plus de panache. C'est
une question d'époque.
-Pour
vous séduire, doit-on avoir le même bagou que vous, la même franchise, ou être à
l'opposé ?
-Certaines choses sont rédhibitoires. Je n'aime pas le manque de courage, le
persiflage. C'est un sport extrêmement français et inutile.
Bernard Ales

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